Judas

Rédigé par nuagezero Aucun commentaire
Classé dans : Notes de lecture Mots clés : Amos Oz, Judas, amour, Israël, trahison

Je lis mon premier Oz parce qu'il vient de mourir, et je m'en veux désormais de ne pas avoir rencontré plus tôt cet univers, ce grand cœur plein d'humour, ce regard si intelligent sur la tragédie de l'histoire humaine. Judas est un envoûtant roman sur un jeune homme empoté, sensible jusqu'au ridicule, abandonné par sa fiancée, perdu dans ses études sur « Jésus dans la tradition juive » et le personnage de Judas Iscariote (qui était peut-être le plus fidèle des apôtres, malgré ce qu'en a retenu l'Histoire). Il fuit tout ça en trouvant un petit boulot d'assistant auprès d'un vieillard bavard un peu toqué et d'une belle femme mystérieuse. C'est chaud, profond, plein d'amour et de tristesse à la fois.

« En outre, contrairement à ce que je viens de dire, j’ajouterai : « Heureux soient les rêveurs et maudit soit l’homme qui leur ouvrira les yeux. » Certes, les rêveurs ne nous sauveront pas, ni eux ni leurs disciples, mais sans rêves et sans rêveurs la malédiction qui pèse sur nous serait sept fois plus terrible. Grâce aux rêveurs, nous, les réalistes, sommes un peu moins pétrifiés et désespérés. Et maintenant, soyez assez aimable pour m’apporter un verre d’eau et n’oubliez pas de nourrir les poissons dans leur aquarium. »
Amos Oz, Judas (Gallimard, 2016, p. 112)

Miniature du Christ portant la Croix ; une procession vers le Mont Calvaire et Judas pendu à un arbre. Circa 1500. Spencer Collection, The New York Public Library.
Miniature du Christ portant la Croix ; une procession vers le Mont Calvaire et Judas pendu à un arbre. Circa 1500. Spencer Collection, The New York Public Library.

L'amour sans le faire

Rédigé par nuagezero Aucun commentaire
Sanglier. Atlas de poche des mammifères de France, de la Suisse romane et de la Belgique, 1910. Source : Biodiversity Heritage LibrarySanglier. Atlas de poche des mammifères de France, de la Suisse romane et de la Belgique, 1910. Source : Biodiversity Heritage Library
« Ne pas pouvoir s'aimer, c'est peut-être encore plus fort que de s'aimer vraiment, peut-être vaut-il mieux s'en tenir à ça, à cette très haute idée qu'on se fait de l'autre sans tout en connaître, en rester à cette passion non encore franchie, à cet amour non réalisé mais ressenti jusqu'au plus intime, s'aimer en ne faisant que se le dire, s'en plaindre ou s'en désoler, s'aimer à cette distance où les bras ne se rejoignent pas, sinon à peine du bout des doigts pour une caresse, une tête posée sur les genoux, une distance qui permet tout de même de chuchoter, mais pas de cri, pas de souffle, pas d'éternité, on s'aime et on s'en tient là, l'amour sans y toucher, l'amour chacun le garde pour soi, comme on garde à soi sa douleur, une douleur ça ne se partage pas, une douleur ça ne se transmet pas par le corps, on n'enveloppe pas l'autre de sa douleur comme on le submerge de son ardeur. C'est profondément à soi, une douleur. L'amour comme une douleur, une douleur qui ne doit pas faire mal. »
Serge Joncour, L'amour sans le faire, Flammarion, 2012.

Roman qui vacille entre âpreté et tendresse, sans mièvrerie, qui dit la vie dans les campagnes, la difficulté à se dire qu'on s'aime dans ces paysages isolés, sauvages. Même si la trame se devine très vite, même si le personnage féminin, Louise, semble un peu trop esquissé, j'éprouve un plaisir mélancolique à cette lecture.

Fil RSS des articles de ce mot clé