Trois fois la fin du monde

Trois fois la fin du monde, Sophie Divry, Noir sur blanc, 2018

Peut-être le plus beau roman de Sophie Divry, dont j’avais adoré La cote 400 et Quand le diable sortit de la salle de bain. Dans Trois fois la fin du monde, nous voici avec Joseph, pris par la police le jour où il décida malencontreusement d’aider son voyou de frère à braquer une banque, le jour où il assista à la mort de ce dernier. Joseph plonge dans l’enfer de la prison. Il survit. Et puis un jour, le monde s’effondre. Il s’échappe dans la nature et tente de se reconstruire une vie sauvage, tel un Robinson Crusoë des temps modernes.

C’est un roman âpre et tendre à la fois, qui prend acte de la brutalité du monde, et tente de trouver d’autres chemins pour s’en sortir.

Trois fois la fin du monde, Sophie Divry, Noir sur blanc, 2018
Trois fois la fin du monde, Sophie Divry, Noir sur blanc, 2018

« Il boit un coup de rhum, il prend une cuillère de Nesquik qu’il laisse fondre sous sa langue.

Avec un peu de patience, peut-être que son corps va monter, comme une goutte de rosée s’évapore, peut-être que les étoiles vont le prendre, le soustraire à la gravité, et qu’il pourra quitter cette terre.
Oui c’est cela. Que les étoiles le prennent, que les étoiles l’aspirent, qu’il sombre dans le ciel.
Emmitouflé dans ses laines, Joseph regarde la fin de l’homme.
Parce que là-haut, il en est sûr, il n’y a plus d’hommes, enfin.

Il faudrait parvenir à détruire ce monde.
Si les étoiles l’embrassaient, si, sur une fraction de seconde de leur révolution, elles pouvaient le prendre dans leur lumière, et plus tard, plus loin, le laisser tomber dans un autre pays. Pas un pays étranger, mais un pays parallèle. Où on se réveillerait animal ou plante, où s’échangeraient les peaux comme les saisons passent, où il pourrait se laver d’une pensée comme on nettoie une table ; il suffirait de tendre une main et d’enlever les souvenirs qui font souffrir et qui travaillent. »

Sophie Divry, Trois fois la fin du monde (Noir sur blanc, 2018).

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *