10.10.2019

Passionnant entretien avec l'historien Carlo Ginzburg lu dans Libé ce matin, au comptoir du café :

« Il y a, avec Internet, des gains et des pertes. On y gagne un potentiel de désenclavement, de déprovincialisation, qui est magnifique. Mais on risque d’y perdre aussi la lenteur de la lecture, la lenteur de la réflexion. Il faut jouer entre les deux, la vitesse et la lenteur, pour regagner l’épaisseur du présent. »

Carlo Ginzburg, entretien dans Libération, 10 octobre 2019

28.09.2019
« Tout s'oppose dans ce système à l'autonomie des individus, à leur capacité de réfléchir ensemble à leurs fins communes et à leurs besoins communs ; de se concerter sur la meilleure manière d'éliminer les gaspillages, d'économiser les ressources, d'élaborer ensemble, en tant que producteurs et consommateurs, une norme commune du suffisant - de ce que Jacques Delors appelait une « abondance frugale ». De toute évidence, la tendance au « produire plus, consommer plus » et la redéfinition d'un modèle de vie visant à faire plus et mieux avec moins supposent la rupture avec une civilisation où on ne produit rien de ce qu'on consomme et ne consomme rien de ce qu'on produit ; où producteurs et consommateurs sont séparés et où chacun s'oppose à lui-même en tant qu'il est toujours l'un et l'autre à la fois ; où tous les besoins et tous les désirs sont rabattus sur le besoin de gagner de l'argent et le désir de gagner plus ; où la possibilité de l'autoproduction pour l'autoconsommation semble hors de portée et ridiculement archaïque - à tort. »

André Gorz, La sortie du capitalisme a déjà commencé (in Ecologica, Galilée 2008, p.34-35)

09.09.2019

Chaque soir, je vois L'homme qui marche de Giacometti apparaître sur le toit de l'immeuble en face de chez moi. Qui est à 200 m. de l'atelier où Giacometti créa cette sculpture en 1960... Esprit, es-tu là ?

L'homme qui marche sur les toits, 2019
07.09.2019

Première lecture de Fahrenheit 451 de Ray Bradbury, que je voulais lire depuis longtemps. Je le lis en anglais, et je suis étonnée de trouver la langue de Bradbury si magnifique, si précise et inventive dans ses images...

“She had a very thin face like the dial of a small clock seen faintly in a dark room in the middle of a night when you waken to see the time and see the clock telling you the hour and the minute and the second, with a white silence and a glowing, all certainty and knowing what it has to tell of the night passing swiftly on toward further darknesses but moving also toward a new sun.”

Ray Bradbury, Fahrenheit 451 (HarperCollins paperback 2008, p. 18)

01.09.2019

Mémoires d'une fleur de Jacques Pimpaneau. Trouvé d'occasion dans le vieux Bordeaux un jour d'août. Je ne connais Pimpaneau que depuis peu, mais il m'est cher. Et ces Mémoires d'une fleur sont une petite merveille de sagesse et d'humour. Elles retracent la vie de Saxifrage, une femme libre dans la Chine du 8e siècle, qui ne veut dépendre ni d'un père, ni d'un mari, ni d'un maître au monastère taoïste qu'elle rejoint à dix-huit ans pour tenter de trouver la voie. Elle devient alors courtisane dans une maison de thé. À la fois curieuse des idées de son temps et libre de son corps, elle trace ainsi son chemin entre Tao et amour.

« Très peu de ces hommes, englués dans leur savoir, étaient capables de voir qu'il n'y avait dans les ouvrages qu'ils considéraient comme sacrés que des idées intéressantes qui pouvaient être utiles dans des situations données, et que tous ces penseurs, dont ils faisaient des dieux, n'étaient que des hommes comme eux, donc impuissants à trouver la clef de l'univers. La seule compréhension accessible nécessite de s'appuyer sur le monde tel qu'il est aujourd'hui, et qui n'est ni celui d'hier, ni celui de demain. Ces livres que l'on respecte au point d'en abandonner sa liberté de penser et de déposer son intelligence dans une armoire font passer des hypothèses pour des certitudes, et veulent imposer des généralités. Or les généralités sont toujours fausses parce qu'elles sont des généralités. La souplesse du corps donne la grâce à nos mouvements et la souplesse de l'esprit permet de suivre les méandres de la réalité. »

Jacques Pimpaneau, Mémoires d'une fleur (Picquier 2017, p. 74-75)

SaxifrageSaxifrage. Source : Informations et documents.
28.08.2019

Redémarrage à zéro du site. Encore.
J'ai d'abord testé Jekyll, très bien mais ça m'énervait de ne pas avoir d'interface d'administration en ligne pour faire des mises à jour quand ça me chante, depuis n'importe quel ordinateur. Alors je suis passée sur Grav, qui m'a donné du fil à retordre pour l'installer en local sous Linux, mais une fois cette étape franchie, ça fonctionne à merveille. Pourtant, c'est encore trop technique pour moi : il y a trop de paramètres à triturer pour obtenir l'aspect exact que je souhaite, qui est le plus basique possible.
Et du coup, retour au bon vieux HTML + CSS a la mano comme en 2000. Bon, ça m'oblige à réfléchir à une arborescence suffisamment basique pour pouvoir être mise à jour sans trop d'efforts sur le long terme. Ça me prive aussi de quelques fonctionnalités modernes et parfois utiles d'automatisation de certaines tâches. Mais quel plaisir de maîtriser mon code de A à Z, et d'être libérée des copiés-collés à l'aveuglette, en croisant les doigts pour qu'ils fassent ce que je souhaite obtenir (ce que généralement, ils ne font pas) !

Ocean Life, James M. Sommerville & Christian Schussele, 1859. Source : Metropolitan Museum of Art.Ocean Life, James M. Sommerville & Christian Schussele, 1859. Source : Metropolitan Museum of Art.

19.08.2019

Intéressant article paru dans Nonfiction, qui analyse la critique faite par Jacques Ellul - dont je garde un très bon quoique très flou souvenir de son Exégèse des nouveaux lieux communs - aux « pédagogies nouvelles » et en particulier à la méthode Montessori : à l'encontre de l'image de libération et d'éducation à l'autonomie que l'on s'en fait de nos jours, Ellul y voit au contraire une façon d'apprendre à se conformer à l'ordre des choses.

« Les pédagogies nouvelles sont aliénantes en ce sens qu’elles visent le bien-être de l’enfant, au lieu de viser la conscientisation des injustices sociales pour qu’ils s’émancipent en remettant en cause un ordre social injuste. “Qu’elle conduise à créer des hommes plus équilibrés et plus heureux, je n’en doute pas. Mais c’est précisément là son danger. Elle créé des hommes heureux dans un milieu qui devrait normalement les rendre malheureux.” »

Irène Pereira, Jacques Ellul, critique de Montessori, Nonfiction, juin 2019.

Est-ce à dire qu'il faut être malheureux pour être révolutionnaire ?

18.08.2019

Première lecture de Sylvain Tesson avec ce journal dont j'aime le titre : Une très légère oscillation. Une pensée vive, en mouvement permanent, accompagne un corps qui se reconstruit après un grave accident. Tesson est un être à la fois empli de livres, de mots, d'aphorismes, et un corps qui a besoin de se plonger dans l'espace, s'accrocher aux falaises, glisser dans des cavernes... Et j'aime cette alliance, pas si courante, entre le monde des idées et le monde physique, corporel, présent dans toute sa matérialité. Parfois il m'énerve un peu tout de même, avec son regard de dandy funambule traversant la vie au-dessus de la mêlée. Un peu donneur de leçons. Pourtant je ne peux que partager nombre de ses consternations face à la vie contemporaine.

« Parfois, en pleine capitale, au bord du Tibre à Rome, de la Seine à Paris, de la Neva à Saint-Petersbourg, les berges, comme des saignées sauvages, offrent la seule chance de rencontrer une bête, une herbe folle, de s'abandonner quelques instants et de se reposer de l'artifice monstrueux de la ville. »

Sylvain Tesson, Une très légère oscillation (équateurs, 2017, p. 216-217)

03.08.2019

Itinéraire d'un singe amoureux d'Amitava Kumar. Les aventures d'un étudiant indien immigré aux États-Unis. Ses amours, ses recherches auprès d'un professeur (inspiré par Edward Saïd) pour questionner les relations Orient-Occident, son sentiment de culpabilité d'avoir fui son pays. C'est drôle, franc, très amusant.

« Un jour, à Greenwich Village, je trouvai une carte postale représentant un graffiti sur un mur. Où cette photo avait-elle été prise ? Ce n’était pas précisé. La carte citait un échange entre un journaliste et le Mahatma Gandhi :
— Monsieur Gandhi, que pensez-vous de la civilisation occidentale ?
— Je pense que ce serait une bonne idée. »

Amitava Kumar, Itinéraire d'un singe amoureux (Gallimard 2019, p. 116)

Singe au miroirSinge au miroir, gravure du 17e siècle. Source : Gallica / BNF.
25.07.2019

Wild Bunch of Gaming Girls on Caversham Road, West Green, London

Wild bunch of gaming girls
17.07.2019

J'adore Le bilan de l'intelligence de Paul Valery (aveu : c'est le seul texte de lui que j'ai vraiment lu). C'est une petite conférence donnée en 1935 à l'université des Annales, et elle est extraordinaire de lucidité sur son époque et sur les 90 années qui vont suivre !

« J'ai signalé, il y a quelques quarante ans, comme un phénomène critique dans l'histoire du monde la disparition de la terre libre, c'est-à-dire l'occupation achevée des territoires par des nations organisées, la suppression des biens qui ne sont à personne. Mais parallèlement à ce phénomène politique, on constate la disparition du temps libre. L'espace libre et le temps libre ne sont plus que des souvenirs. Le temps libre dont il s'agit n'est pas le loisir, tel qu'on l'entend d'ordinaire. Le loisir apparent existe encore, et même ce loisir apparent se défend et se généralise au moyen de mesures légales et de perfectionnements mécaniques contre la conquête des heures par l'activité. Les journées de travail sont mesurées et ses heures comptées par la loi. Mais je dis que le loisir intérieur, qui est tout autre chose que le loisir chronométrique, se perd. Nous perdons cette paix essentielle des profondeurs de l'être, cette absence sans prix, pendant laquelle les éléments les plus délicats de la vie se rafraîchissent et se réconfortent, pendant laquelle l'être, en quelque sorte, se lave du passé et du futur, de la conscience présente, des obligations suspendues et des attentes embusquées... Point de souci, point de lendemain, point de pression intérieure ; mais une sorte de repos dans l'absence, une vacance bienfaisante, qui rend l'esprit à sa liberté propre. Il ne s'occupe alors que de soi-même. Il est délié de ses devoirs envers la connaissance pratique et déchargée du soin des choses prochaines : il peut produire des formations pures comme des cristaux. »

Paul Valéry, Le bilan de l'intelligence, 1935 (Allia, 2017, p. 29-30)

Hendrik Voogd, Paysage italien aux pins parasols, 1807Hendrik Voogd, Paysage italien aux pins parasols, 1807. Source : Rijks Museum.
16.07.2019

Choisi au hasard sur les présentoirs de la jolie librairie du Canal, entre deux épreuves de concours, histoire de m'évader un peu. Alexandria est le premier roman de Quentin Jardon. C'est sa jolie couverture vert acide qui m'a attiré l'œil sur la table des romans.

Alexandria, Quentin Jardon Mais est-ce un roman ? C'est plutôt une sorte d'enquête biographique autour de l'énigmatique Robert Cailliau, l'homme oublié de l'Histoire qui a porté à bout de bras et défendu l'utopie du World Wide Web avec Tim Berners-Lee. C'est peut-être même une sorte de biographie du Web, de ce qu'il aurait pu être, de ce qu'il est devenu, des aigreurs que cela a pu provoquer chez ceux qui y ont cru, quand personne d'autre n'y croyait.
Lecture plaisante, légère, souvent drôle, pourtant très sombre dans les perspectives esquissées.
« En 1994, Robert fomente un projet d'ampleur. Il voudrait bâtir la plus grande librairie du monde moderne. Une espèce d'Alexandrie numérique, non plus en égypte, sur les bords de la Méditerranée, mais à Archamps, en Haute Savoie, où phosphore déjà un parc technologique réputé, Archamps Technopole. Sur les étagères de cette bibliothèque fantasmée, point de parchemin à rouler dans des alcôves, seulement des bits pour favoriser la circulation libre et décentralisée de l'équivalent de milliards de livres à travers les bandes passantes de tous les continents. Elle veillerait à maintenir la structure génétique du Web, formée par des constellations de serveurs - rien vers le centre, tout vers l'extérieur. Ce serait une bibliothèque creuse, la mère de toutes les bibliothèques. Ce serait une organisation qui viserait les mêmes buts que le consortium imaginé par Tim et Dertouzos, c'est-à-dire une structure garante des valeurs fondatrices, à la différence qu'elle serait sous bannière européenne. »

Quentin Jardon, Alexandria, Gallimard 2019, p. 127-128

15.07.2019

Il était une ville de Thomas B. Reverdy. Un livre lu par hasard, parce que je l'ai retrouvé tout gondolé sur un chariot de la bibliothèque et qu'il m'a apitoyée. Thomas B. Reverdy trace le portrait d'une ville, Detroit, qui s'effondre après la crise des subprimes. Les boutiques ferment, les murs s'écroulent, les services s'arrêtent, les lampadaires s'éteignent, les enfants disparaissent. Un homme et une femme se rencontrent pourtant, goutte d'espoir dans un océan de noirceur. Pas mal !

« Évidemment ils y avaient pensé tous les deux. Évidemment leur proximité était troublante, à présent, ça n'avait pas pu leur échapper ni à l'un ni à l'autre, cela n'avait échappé à personne autour d'eux. Ils s'étaient inventé des excuses pour ne pas se déclarer (...) mais dans le fond, c'étaient peut-être des excuses qui leur servaient surtout à faire durer le plaisir. Le désir leur allait si bien. Non pas comme ces jeunes gens qui espèrent en l'amour mais n'osent pas y croire, et souffrent et se font souffrir, c'était même le contraire. Ils y croyaient, eux, depuis le début ils le savaient bien, ils le voyaient bien leur désir, à tous les regards, à tous les frôlements, sans oser l'espérer. Il leur avait fallu du temps, pas par lâcheté mais par indulgence, pour goûter jusqu'au bout ce bonheur de savoir pouvoir. Ce bonheur de croire. C'était tous deux des charbonniers de l'amour. Ils avaient foi dans les préliminaires. »

Thomas B. Reverdy, Il était une ville (Flammarion 2015, p. 205)

22.06.2019

Le voyage à Ixtlan de Carlos Castaneda. Je pense souvent à ce livre quand je pense à l'un de mes frères, qui l'aimait beaucoup.

« Il est préfèrable d'effacer toute histoire personnelle, énonça-t-il lentement comme pour me laisser le temps d'écrire, parce que cela nous libère des encombrantes pensées de nos semblables. »
Cette déclaration me parut incroyable, une confusion extrême m'envahit. Mon visage traduisit mon émoi intérieur et il en profita sur-le-champ.
« Toi, par exemple, tu ne sais pas quoi penser de moi parce que j'ai effacé ma propre histoire. Petit à petit, autour de moi et de ma vie, j'ai créé un brouillard. Maintenant personne ne peut savoir avec certitude qui je suis ou ce que je fais.
- Mais vous, vous n'ignorez pas qui vous êtes ?
- Bien sûr que je l'... ignore » s'exclama-t-il en se roulant par terre de rire à cause de mon expression de totale surprise. »

Carlos Castaneda, Le voyage à Ixtlan (Folio essais 2015, p. 36)

Statuettes mexicaines, Ixtlán del RíoStatuettes mexicaines, Ixtlán del Río. Source : Metropolitan Museum of Art.
01.06.2019

Voyage sous Mery-sur-Oise.

Mery-sur-Oise 1Mery-sur-Oise 2Mery-sur-Oise 3Mery-sur-Oise 4
31.05.2019

Coup de foudre pour L'avortement de Richard Brautigan : un de ces livres dans lesquels on se retrouve chez soi.

« Puis, de part et d'autre de l'obscurité, nous avons chacun souri de ce que nous faisions.
Et nos sourires avaient beau rester invisibles dans le noir, nous savions qu'ils étaient là et cela nous réconfortaient ainsi que, depuis des millénaires, les sourires réconfortent les gens qui ont des problèmes sur cette terre. »

Richard Brautigan, L'avortement (Points 2017, p. 91)

Brautigan
29.05.2019

Du René Char, au hasard.

« Imite le moins possible les hommes dans leur énigmatique maladie de faire des nœuds. »

René Char, Les matinaux (PUF 1987, p. 79)

27.05.2019

En 1987, l'homme d'affaire américain d'origine hongroise, Thomas Peterffy, brillant informaticien, fut l'un des tout premiers à comprendre que les traders de Wall Street et de tous les marchés financiers de la planète seraient peu à peu remplacés par des algorithmes.

Dans 6, passionnant « essai romanesque », Laumonier raconte avec verve et précision l'automatisation progressive de la finance mondiale, durant les cinquante dernières années. Ces systèmes sont aujourd'hui d'une complexité et d'une rapidité telle que plus aucun humain ne peut les contrôler réellement...
J'ai entamé ce livre un dimanche au centre de ressources de la Gaîté Lyrique, il me fallait absolument lire la suite ! Je regrette en revanche qu'on ne trouve plus que l'édition de poche et non plus la très jolie édition originale chez Zones Sensibles.

« Restait à résoudre le problème de la saisie des ordres. Le réglement du Nasdaq exigeait qu'ils soient exécutés « à l'aide du clavier », mais il ne disait pas qui (ou quoi) devait se retrouver derrière ce clavier. Avec des bouts de caoutchouc et des pistons, les ingénieurs fabriquèrent des mains artificielles qui tapaient à la machine automatiquement. Et rapidement. (...) Lorsque l'inspecteur du Nasdaq revient une semaine plus tard pour vérifier que tout était en ordre, il se retrouva face à un cyborg pourvu d'un œil énorme et de doigts artificiels, un mélange de mécanique du XIXe siècle, d'optique des années 70 et de code informatique dernier cri. Il regarda la machine s'agiter bruyamment sur son clavier. Peterffy sentit que la situation allait lui échapper et joua son va-tout, avec humour, en proposant de construire un mannequin autour du robot, comme pour donner l'illusion qu'il s'agissait d'une secrétaire en train de taper à la machine, mais l'inspecteur quitta les bureaux sans plus de commentaire. Il n'avait pas grand-chose à dire : le cyborg respectait les règles. »

Alexandre Laumonier, 6, Points Essais #858 p. 45 (2018)

Cyborg
24.05.2019

Maître-Minuit de Makenzy Orcel est un roman à la fois violent et délicat. Violent par les vies qu'il retrace : un enfant qui dessine, une femme folle, droguée, brisée, qu'il suppose être sa mère, des « Tontons Macoutes » imbus de leur pouvoir, la folie furieuse à tous les coins de rue. Délicat par sa langue, un choix de mots précis et des phrases cadencées.

Orcel est venu à la bibliothèque l'autre soir, très en retard, mais vif et très intéressant dès qu'il est entré en conversation avec Yves Chemla, évoquant la vie dans les bars de Port-au-Prince, l'écriture en urgence sur son smartphone, derrière une bagnole, juste après le tremblement de terre en 2010...

Makenzy Orcel
18.05.2019

Un souvenir qui remonte à la surface comme une bulle : Une nuit à Bergen, un type jouait du piano dans un théâtre. Henrik. Il jouait The piano has been drinking de Tom Waits. On était faits pour se rencontrer.
On a déambulé à travers la ville jusqu'au matin, main dans la main, et puis on a regardé le soleil se lever sur la mer, en attendant de pouvoir prendre un « vrai petit déjeuner de marins ». Et puis je suis partie pour l'aéroport, et je ne l'ai jamais revu.
Je crois que l'horizon est possible, qu'on peut le toucher du doigt, sans faux semblant, sans pirouettes, sans méfiance, le cœur qui explose enfin... Mais que peut-être, ça ne peut vraiment marcher en continu que sur de très courtes périodes ? Pendant quelques dizaines de minutes, c'est déjà pas mal... Pendant quelques jours, ce serait une chance incroyable. Au-delà... ce serait quasiment inhumain.

17.05.2019 Écouter cette musique à 7h du matin, avec au loin les oiseaux qui chantent dans les arbres du quartier, sous un ciel bleu-gris, en buvant du café. Se souvenir de ces matins rue Quincampoix avec C. L'envie de dévorer Paris que nous avions.

190517
14.05.2019

Hier soir j'ai regardé au hasard ce film portugais qui passait sous mes yeux. Un noir et blanc hypnotique, des visages de femmes sculptés par la lumière, des voix qui murmurent en portugais, des amours secrètes... Je me suis endormie avant la fin, hésitant entre l'admiration et l'ennui.
Mais quoiqu'il en soit, je dois à ce film la découverte de cette sublime interprétation , par la pianiste Joana Sá, de Insensatez, peut-être la plus belle chanson du monde, une de mes chansons préférées de Antônio Carlos Jobim, dont les accords subtils me pincent le cœur d'une façon extraordinairement délicieuse... Ici, c'est une pluie d'étincelles.

Tabou
13.05.2019

Jacques Pimpaneau, distingué sinologue (bien qu'il s'en défende), ami des anarchistes et situationnistes. Un homme selon mon cœur !

« Il ne faut pas courir après les connaissances qui n'ont qu'un intérêt pratique, ni chercher la connaissance ailleurs, car si vous n'avez pas compris qu'elle est au coin de la rue ou au bord du Lubéron, vous ne la trouverez pas en Chine ou en Inde. »

Jacques Pimpaneau, Lettre à une jeune fille qui voudrait partir en Chine, Picquier poche, p. 33 (2004)

11.05.2019

C'est le pays où j'aimerais vivre, c'est .

Imaginarium
08.05.2019

à Fécamp, des bleus et des gris extraordinaires !

Fécamp, mai 2019
03.05.2019
« Mon amour, ton château,
C'est trop loin, c'est trop haut
J'en ai marre, je me couche
à mon tour maintenant
D'attendre calmement
Ton baiser sur ma bouche,
Ma belle au bois dormant »

Claude Nougaro, Tu dormiras longtemps (musique : Michel Legrand), Bidonville (1966)

02.05.2019

Je déteste le terme « usager » - et, pire encore, « usagère » - pour désigner une personne utilisant les services publics. à chaque fois je pense à « mouchoir usagé ». Et puis, cela signifie-t-il qu'un service public peut « s'user » ? C'est sans doute ce que pense le gouvernement français actuel et tous les sbires du néolibéralisme, qui ne rêvent que d'en finir avec cette idée farfelue d'une prise en charge collective et non-marchande des besoins essentiels d'une société.

Mais quel terme utiliser alors ? Dans les bibliothèques, « lecteur » et « lectrice » ont le mérite d'être clairs... mais tout de même un peu étroits par rapport aux mille et une façons d'habiter et d'utiliser ces lieux de nos jours.
Alors quoi ? « Bibliothéquien » et « bibliothéquienne » me plaisent bien. On dirait les habitants d'une contrée lointaine. Ou bien « médiathicien » / « médiathicienne » ? Pourquoi pas, mais ça n'est pas très chaleureux...

L'isolateur de Hugo Gernsback, 1925L'isolateur de Hugo Gernsback (1925). Source : A Great Disorder.
01.05.2019

Benalla avec nous sur le boulevard du Montparnasse.

Benalla sur le Boulevard du Montparnasse, 1er mai 2019
25.01.2019
« J'entends au-dessous de moi le tonnerre, comme une grande bête rêveuse et qui se retourne dans son sommeil. Enfin ! Quelque chose de vivant ! »

Léon-Paul Fargue, Haute solitude (Gallimard, 1966, p. 13)