Gaming postcolonial

« L'émergence du gaming postcolonial dans le contexte du capitalisme globalisé rappelle qu'une « diversité » qui ne s'accompagne pas d'une remise en cause de la nature systémique des dominations - naturalisées ou invisibilisées à travers les institutions, les cadres de pensée, les principes et valeurs, etc. - n'est qu'une concession cosmétique du système dominant. Une concession qui n'empêche nullement la perpétuation des inégalités et des représentations sexistes et racistes. »

Mehdi Derfoufi, Sexe, race et gaming : le jeu vidéo à l'épreuve des différences, La revue du crieur n°14, octobre 2019.

Sans doute est-ce une des raisons pour laquelle la présidence de Barack Obama n'a pas révolutionné la condition des Afro-Américains aux États-Unis ? Elle n'aurait été qu'une « concession cosmétique » des détenteurs du pouvoir, qui a permis de masquer la non remise en cause plus profonde des dominations systémiques…

Aveline de GrandpréAveline de Grandpré, Assassin's Creed III

Sexisme ordinaire dans le bus

Dans le bus, l'autre jour, un petit garçon de 8-9 ans annonce triomphalement à son père (qui n'en a rien à carrer, il est scotché à son zombiephone) : « Papa ! Papa ! Aujourd'hui j'ai appris à l'école que même s'il y a plein de filles et un seul garçon, hé ben c'est le garçon qui l'emporte !! ». Et il en était visiblement enchanté…

J'ai failli me retourner vers lui pour lui dire « Hé mais attends p'tit gars, c'est pas tout à fait ça l'histoire ! » mais je n'en ai pas eu le courage.
Comme son père ne l'écoutait pas, le petit garçon a recommencé son histoire, et là le père a fini par sortir la tête de son écran pour lui dire « C'est très bien mon chéri ». Point. Pas de commentaire. Aucune mise en perspective. Aucune explication pour aider cet enfant à ajuster sa vision du monde.

Je suis sortie du bus triste et affligée.

Winchester

Résilience des bibliothèques

Si vraiment le système actuel s'effondre et que dans quelques années nous ne sommes plus capables de fabriquer les machines, ordinateurs, ordiphones, fibres optiques, etc. qui permettent de se connecter au web, alors il restera peut-être ce système multi-millénaire de partage et d'organisation raisonnée des informations qu'on appelle les bibliotèques.
Et puis bien sûr, il faut relire Fahrenheit 451 de Bradbury : même si les livres ont à leur tour disparus, des humains « enregistrent » leurs contenus dans leurs mémoires, pour permettre à cette connaissance de continuer à exister…

Holland House Library après un bombardement, Londres, octobre 1940. Source : Wikimedia Commons.Holland House Library après un bombardement, Londres, octobre 1940. Source : Wikimedia Commons.

Voilà ce que je me disais sur le chemin du retour de la soirée « Faire système : refaire le web », qui m'a par ailleurs laissée très perplexe quant aux méthodes choisies par ses organisateurs (AWA) basées sur l'évenementiel et la ludification : on nous distribuait par exemple des petites boules et des tiges en plastiques au moyen desquelles nous étions invités à « faire système » tous ensemble. Le module construit était ensuite posé au centre de la pièce et quatre chaises vides placées autour, sur lesquelles il était proposé de venir raconter nos rêves et cauchemars du web… Pourquoi pas, mais je me suis tout de même crue dans une secte pendant un instant… Encore plus quand notre leader barbichu nous a demandé de nous applaudir pour ce merveilleux moment en un seul clap coordonné…
Et puis quelle est la réelle efficacité de ces jeux un peu débilitants pour « changer le monde » puisque c'est l'objectif affiché, en toute humilité, par cette association ? C'est un peu portnAWA, j'ai envie de dire… mais ça doit être mon indécrottable scepticisme ?
Malgré tout, les personnes qu'ils avaient invitées étaient de sérieux et véritables connaisseurs du web - j'ai particulièrement apprécié les interventions de Christian Quest et de Nicolas Chauvat - et les interventions du public étaient parfois intéressantes, donc je n'aurai pas totalement perdu ma soirée.

Tayloriser les esprits

« Le système de mesures et d’optimisation de Taylor est toujours fortement présent dans notre vie ; il reste une des bases de la fabrication industrielle. Et maintenant, avec le pouvoir de plus en plus grand qu’ont les ingénieurs et programmeurs d’informatique sur notre vie intellectuelle et sociale, l’éthique de Taylor commence à réglementer aussi le domaine de l’esprit. »

Nicholas Carr, Internet rend-il bête ? (R. Laffont, 2011, p. 241)

Charlie Chaplin, Les temps modernes, 1936

Augusta Baker

Dans les collections en ligne de la NY Public Library, on trouve cette photo de la jolie bibliothécaire Augusta Baker en 1941, montrant à une petite fille un exemplaire du livre Janie Belle d'Ellen Tarry (première autrice afro-américaine de livres pour enfants selon Wikipédia). Vue depuis la France, si l'on tente d'imaginer les bibliothèques ici en 1941, cette photo laisse un peu pantois…

La bibliothécaire Augusta Baker montrant à une petite fille un exemplaire du livre Janie Belle d'Ellen TarryLa bibliothécaire Augusta Baker montrant à une petite fille un exemplaire du livre Janie Belle d'Ellen Tarry. 1941. Domaine public. Source : NY Public Library.

Augusta Baker est un personnage proéminent de l'histoire des bibliothèque aux États-Unis, si j'en juge sa fiche Wikipedia. Bibliothécaire jeunesse à la New York Public Library dès 1937, elle développe un fonds de livres pour les enfants afro-américains en favorisant ceux qui les représentent de façon positives, non serviles et humiliantes, et elle encourage de nombreux auteurs jeunesse à travailler en ce sens, notamment en tant que présidente de la division jeunesse de l'American Library Association. Elle a aussi beaucoup influencé en tant que conteuse, et fut même « conteuse résidente » à l'Université de Caroline du Sud jusqu'à sa retraite en 1994.

Y a-t-il un ou des personnages équivalent⋅s dans l'histoire des bibliothèques françaises ?