Citation

Pour une écologie de l’attention / Yves Citton

Pour une écologie de l'attention, Yves Citton (Seuil, 2014)

Pour une écologie de l’attention, Yves Citton (Seuil, 2014)

« Savoir choisir ses aliénations et ses envoûtements, savoir construire des vacuoles de silence capables de nous protéger de la communication incessante qui nous surcharge d’informations écrasantes, savoir habiter l’intermittence entre hyper-focalisation et hypo-focalisation – voilà ce que les expériences esthétiques (musicales, cinéphiliques, théâtrales, littéraires ou vidéoludique) peuvent nous aider à faire de notre attention, puisque l’attention est tout autant quelque chose que l’on fait (par soi-même) que quelque chose que l’on prête (à autrui). »

Yves Citton, Pour une écologie de l’attention (Seuil, 2014)

Citation

Où va la colère ?

“Voilà, en tout cas, de quoi nous prévenir que les mots “soulèvement”, “insurrection” ou révolte” ne sauraient d’aucune façon donner des clefs – tels des mots magiques – pour tout ce qui touche aux désirs d’émancipation et, en général, à la constitution du champ politique. Nous sommes, là-dessus, bien loin du compte (la modestie sera donc de mise).”

Georges Didi-Huberman, Où va donc la colère ?, Le Monde Diplomatique, mai 2016

Citation

Capitalisme esthétique

Olivier Assouly, Le capitalisme esthétique

Olivier Assouly, Le capitalisme esthétique

“Au sein du capitalisme esthétique, chaque individu devient le sujet de sa jouissance, à lui-même son esclave, selon la même raison qui l’a motivé à se libérer. De surcroît, ce modèle conduit à la primauté de la jouissance sur les rapports de classe. Il se dégage des types classiques de domination où une classe domine l’autre, car il doit moins à la tyrannie d’une classe dominante qu’à soi-même. C’est une mutation majeure que le passage d’une organisation sociale du refoulement à une économie régentée par la jouissance – au point de jouir de ce dont on n’a pas nécessairement le désir. (…) Les liens entre le capitalisme et les individus sont devenus si solidaires qu’on assisterait à une intériorisation du modèle du marché. Il existe un lien ténu entre une économie débridée et une sensibilité qui se croit libérée de toute dette, s’imaginant faire table rase de son passé ou de toute forme d’inhibition. Le processus d’expansion économique a besoin de voir se rompre les inhibitions, les pudeurs, les barrières morales, les interdits, afin de créer des populations de consommateurs plus avides de jouissance.”

Olivier Assouly, Le capitalisme esthétique : essai sur l’industrialisation du goût, Cerf 2008

Citation

Georges Perec : Penser / classer

Georges Perec, Penser / classer“Mon problème, avec les classements, c’est qu’ils ne durent pas ; à peine ai-je fini de mettre de l’ordre que cet ordre est déjà caduc.
Comme tout le monde, je suppose, je suis pris parfois de frénésie de rangement ; l’abondance des choses, la quasi-impossibilité de les distribuer selon des critères satisfaisants font que je n’en viens jamais à bout, que je m’arrête à des rangements provisoires et flous, à peine plus efficaces que l’anarchie initiale.
(…) Bref, je me débrouille.”

Georges Perec, Penser / classer, Seuil 2003.

Citation

Comment la technologie prend en otage le cerveau des gens

We need our smartphones, notifications screens and web browsers to be exoskeletons for our minds and interpersonal relationships that put our values, not our impulses, first. People’s time is valuable. And we should protect it with the same rigor as privacy and other digital rights.

Tristan Harris, ex-“philosophe produit” chez Google, article paru dans Medium , 18.05.2016

Citation

Qu’est-ce que le contemporain ?

Giogio Agamben, Qu'est-ce que le contemporain ?, Payot & Rivages 2008

Giogio Agamben, Qu’est-ce que le contemporain ?, Payot & Rivages 2008

“Percevoir dans l’obscurité du présent cette lumière qui cherche à nous rejoindre et ne le peut pas, c’est cela, être contemporains. C’est bien pourquoi les contemporains sont rares. C’est également pourquoi être contemporain est, avant tout, une affaire de courage : parce que cela signifie être capable non seulement de fixer le regard sur l’obscurité de l’époque, mais aussi de percevoir dans cette obscurité une lumière qui, dirigée vers nous, s’éloigne infiniment. Ou encore : être ponctuels à un rendez-vous qu’on ne peut que manquer.

Giorgio Agamben, Qu’est-ce que le contemporain ?, Payot & Rivages, 2008.

Citation

Manifeste de John Doe

“La conséquence collective de ces échecs est l’érosion totale des standards déontologiques, menant en fin de compte à un nouveau système que nous appelons toujours capitalisme, mais qui se rapproche davantage d’un esclavage économique. Dans ce système – notre système – les esclaves n’ont aucune idée de leur propre statut ni de celui de leurs maîtres, qui évoluent dans un monde à part où les chaînes invisibles sont soigneusement dissimulées au milieu de pages et de pages de jargon juridique inaccessible.

L’ampleur terrifiante du tort que cela cause au monde devrait tous nous faire ouvrir les yeux. Mais qu’il faille attendre qu’un lanceur d’alerte tire la sonnette d’alarme est encore plus inquiétant. Cela montre que les contrôles démocratiques ont échoué, que l’effondrement est systémique, et qu’une violente instabilité nous guette au coin de la rue. L’heure est donc venue d’une action véritable, et cela commence par des questions.”

extrait du Manifeste de « John Doe », « La révolution sera numérique » (traduit de l’anglais par Jérémie Baruch et Maxime Vaudano)

Citation

Un dilemme fondamental et inévitable

“Tout mouvement d’opposition est pris dans un dilemme aussi fondamental qu’inévitable. S’il se tient à l’écart du discours dominant, il prend le risque d’être relégué à la marginalité et à l’insignifiance ; ses revendications seront inaudibles, son défi à l’ordre social affaibli et dévalorisé. Si, en revanche, il se soumet aux règles du jeu de la politique-spectacle afin d’y obtenir un strapontin – c’est-à-dire si ses dirigeants se comportent convenablement, si ses manifestations ne troublent pas l’ordre public, et si ses slogans restent circonscrits et raisonnables -, il se met en danger d’être assimilé au système politique hégémonique qu’il prétend contester ; il commence à faire partie du problème au lieu d’agir pour une solution.”

Todd Gitlin, The whole world is watching: mass media in the making and unmaking of the New Left, University of California Press, Berkeley, 1980 ; extrait traduit et paru dans Manière de Voir n°146 intitulé “Faire sauter le verrou médiatique” dont on peut voir ci-dessous l’excellente bande-annonce :

Citation

L’image nous regarde

Walter Crane, Narcissus bends over the brook, 1899 / source : NY public library digital collections

Walter Crane, Narcissus bends over the brook, 1899 / source : NY public library digital collections

“L’histoire de Narcisse nous parle de la violence d’un reflet qui tue. Ces mythes et ces légendes nous disent une même chose : l’image nous regarde et peut nous engloutir. Tous ces dispositifs de croyance et de fabrication sont fondés sur l’identification. Ne faire qu’un avec ce qu’on voit est mortel et ce qui sauve, c’est toujours la production d’un écart libérateur. Vivre, guérir, c’est s’écarter de toute fusion, et prendre le mal à son propre piège, celui de l’identification.

Marie José Mondzain, L’image peut-elle tuer ?, Bayard 2015.

Citation

Contre l’innovation

“Des organisations entières parlent désormais de l’innovation comme d’une valeur souhaitable en soi, comme l’amour, la fraternité, le courage, la beauté, la dignité ou la responsabilité… Mais ce mot-clef qui vénère le changement se demande rarement à quelle fin, au bénéfice de qui ce changement souhaite se réaliser.”

Hubert Guillaud, Contre l’innovation : de l’invisible importance de la maintenance, internetactu 11.04.2016

C. Laplante, Rueda dentada de Savart, El mundo físico (1882)

C. Laplante, Rueda dentada de Savart, El mundo físico (1882)