Hors du commun

Ecologica, André Gorz, Galilée 2008
Ecologica, André Gorz, Galilée 2008

“Mais à partir de 1920 aux Etats-Unis et de 1948 en Europe occidentale, les besoins primaires offrent au capitalisme un marché trop étroit pour absorber le volume de marchandises qu’il est capable de produire. L’économie ne peut continuer de croître, les capitaux accumulés ne peuvent être valorisés et les profits ne peuvent être réinvestis que si la production du superflu l’emporte de plus en plus nettement sur la production du nécessaire. Le capitalisme a besoin de consommateurs dont les achats sont motivés de moins en moins par des besoins communs à tous et de plus en plus par des désirs individuels différenciés. Le capitalisme a besoin de produire un nouveau type de consommateur, un nouveau type d’individu : l’individu qui, par ses consommations, par ses achats, veut s’affranchir de la norme commune, se distinguer des autres et s’affirmer “hors du commun”.

André Gorz, Ecologica, Galilée, 2008

Capitalisme esthétique

Olivier Assouly, Le capitalisme esthétique
Olivier Assouly, Le capitalisme esthétique

“Au sein du capitalisme esthétique, chaque individu devient le sujet de sa jouissance, à lui-même son esclave, selon la même raison qui l’a motivé à se libérer. De surcroît, ce modèle conduit à la primauté de la jouissance sur les rapports de classe. Il se dégage des types classiques de domination où une classe domine l’autre, car il doit moins à la tyrannie d’une classe dominante qu’à soi-même. C’est une mutation majeure que le passage d’une organisation sociale du refoulement à une économie régentée par la jouissance – au point de jouir de ce dont on n’a pas nécessairement le désir. (…) Les liens entre le capitalisme et les individus sont devenus si solidaires qu’on assisterait à une intériorisation du modèle du marché. Il existe un lien ténu entre une économie débridée et une sensibilité qui se croit libérée de toute dette, s’imaginant faire table rase de son passé ou de toute forme d’inhibition. Le processus d’expansion économique a besoin de voir se rompre les inhibitions, les pudeurs, les barrières morales, les interdits, afin de créer des populations de consommateurs plus avides de jouissance.”

Olivier Assouly, Le capitalisme esthétique : essai sur l’industrialisation du goût, Cerf 2008