La Crise

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Classé dans : Notes de lecture Mots clés : Gauz, crise, société de consommation

« La Crise » était responsable de nombreux malheurs que Ferdinand avait du mal à voir dans les belles rues de Paris qu'il adorait arpenter à pied. Il avait beau faire attention, les rues étaient toujours aussi propres et très bien balayées par les frères maliens ; les cousins arabes continuaient de vibrer à longueur de journée sur les marteaux-piqueurs des nombreux chantiers essaimés partout et qui faisaient pousser les buildings à la vitesse de champignons les lendemains de pluie ; les « Félix Potin » et les « Prisunic » étaient toujours remplis d'autant de victuailles et d'objets plus ou moins inutiles ; et les rangs devant les caissières étaient toujours aussi longs ; le compartiment fumeur du métro était toujours aussi bondé, bleu de fumée et de tenues d'usines ; les panneaux publicitaires, intransigeants dans leur appel à la consommation compulsive, étaient toujours les éléments décoratifs les plus en vue dans toute la ville... Non, Ferdinand n'arrivait pas à voir « La Crise » de ses propres yeux. »
Gauz, Debout-Payé (Le Nouvel Attila, 2014, p. 50)

De la conversation

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Classé dans : Notes de lecture Mots clés : Theodore Zeldin, conversation

« Il est bon de parler » est le slogan du XXe siècle, qui a mis sa foi dans l'expression de soi, le partage des informations et l'effort de compréhension. Mais parler ne change pas forcément ses idées ni ses sentiments personnels, pas plus que les idées et sentiments d'autrui. Je crois que le XXIe siècle doit avoir une nouvelle ambition : promouvoir non la discussion, mais la conversation, qui transforme les gens. La vraie conversation prend feu ; elle ne se réduit pas à donner et recevoir des informations. »
Theodore Zeldin, De la conversation (Fayard, 1999, p. 11)

Theodore Zeldin, Conversation avec quelqu'un qui mange des barbelés aux petit-déjeuner
Theodore Zeldin, Conversation avec quelqu'un qui mange des barbelés aux petit-déjeuner, De la conversation, (Fayard, 1999, p. 45)

Judas

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Classé dans : Notes de lecture Mots clés : Amos Oz, Judas, amour, Israël, trahison

Je lis mon premier Oz parce qu'il vient de mourir, et je m'en veux désormais de ne pas avoir rencontré plus tôt cet univers, ce grand cœur plein d'humour, ce regard si intelligent sur la tragédie de l'histoire humaine. Judas est un envoûtant roman sur un jeune homme empoté, sensible jusqu'au ridicule, abandonné par sa fiancée, perdu dans ses études sur « Jésus dans la tradition juive » et le personnage de Judas Iscariote (qui était peut-être le plus fidèle des apôtres, malgré ce qu'en a retenu l'Histoire). Il fuit tout ça en trouvant un petit boulot d'assistant auprès d'un vieillard bavard un peu toqué et d'une belle femme mystérieuse. C'est chaud, profond, plein d'amour et de tristesse à la fois.

« En outre, contrairement à ce que je viens de dire, j’ajouterai : « Heureux soient les rêveurs et maudit soit l’homme qui leur ouvrira les yeux. » Certes, les rêveurs ne nous sauveront pas, ni eux ni leurs disciples, mais sans rêves et sans rêveurs la malédiction qui pèse sur nous serait sept fois plus terrible. Grâce aux rêveurs, nous, les réalistes, sommes un peu moins pétrifiés et désespérés. Et maintenant, soyez assez aimable pour m’apporter un verre d’eau et n’oubliez pas de nourrir les poissons dans leur aquarium. »
Amos Oz, Judas (Gallimard, 2016, p. 112)

Miniature du Christ portant la Croix ; une procession vers le Mont Calvaire et Judas pendu à un arbre. Circa 1500. Spencer Collection, The New York Public Library.
Miniature du Christ portant la Croix ; une procession vers le Mont Calvaire et Judas pendu à un arbre. Circa 1500. Spencer Collection, The New York Public Library.

Le mystère Henri Pick

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Très amusant hommage à la bibliothèque des manuscrits refusés imaginée par Richard Brautigan dans L'avortement, que j'ai lu et adoré il y a quelques mois - je crois même que c'est un de mes livres préférés de tous les temps. Foenkinos invente une bibliothèque similaire à Crozon, au bout du Finistère, où vont se perdre des manuscrits refusés par les éditeurs. Un jour, une jeune éditrice et son amant écrivain y découvrent un manuscrit extraordinaire rédigé en secret par un pizzaiolo, mort depuis. C'est drôle et sans façons, je le dévore dans le train Morlaix-Paris. C'est mon premier Foenkinos, sûrement pas le dernier.
Par contre, je vois avec horreur qu'une adaptation cinématographique avec Fabrice Luchini va sortir dans quelques jours, et je me dis qu'il va bouffer tout le sel de cette jolie histoire...

« Cela avait donc existé, et c'était peut-être ça le plus important. Oui, cela avait existé. Tout comme les récits lumineux qu'elle formait au cœur de son obscurité. La vie possède une dimension intérieure, avec des histoires qui n'ont pas d'incarnation dans la réalité mais qui sont pourtant vécues. »
David Foenkinos, Le mystère Henri Pick (Folio Gallimard, 2016, p. 305)

Pizzaiolo, 1830 Pizzaiolo, 1830. Source.

Taylorisme

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« Le système de mesures et d’optimisation de Taylor est toujours fortement présent dans notre vie ; il reste une des bases de la fabrication industrielle. Et maintenant, avec le pouvoir de plus en plus grand qu’ont les ingénieurs et programmeurs d’informatique sur notre vie intellectuelle et sociale, l’éthique de Taylor commence à réglementer aussi le domaine de l’esprit. »
Nicholas Carr, Internet rend-il bête ? (Laffont, 2011).

Alesha Sivartha, 1898Alesha Sivartha, illustration pour The Book of Life: The Spiritual and Physical Constitution of Man, 1898. Domaine public.

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