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Stuart Hall

couverture du livre Familiar Stranger, autobiographie de Stuart HallStuart Hall with Bill Schwarz. Familiar Stranger. Penguin Books, 2018.

Cette autobiographie de Stuart Hall m'a été offerte par quelqu'un de très proche qui me connaît bien. Le nom de Hall m'était inconnu, et pourtant j'ai immédiatement plongé dans le récit de la vie de cet homme entre deux îles, la Jamaïque et la Grande Bretagne. Je me suis reconnue dans ce sentiment d'entre deux qu'il décrit. Non seulement entre deux zones géographiques très différentes, mais aussi entre deux époques différentes : la colonie (dans laquelle il a vécu, ce qui n'est pas mon cas) et le monde post-colonial.

Hall explique qu'on le considère en général comme un penseur « post-colonial », alors qu'il passe son enfance et se construit dans la Jamaïque coloniale et que ceci infuse à jamais la personne qu'il est.

“They think of me as post-colonial, as, politically, ‘a product of '68’, of the student movement and of the counter-culture. Really, I was formed as one of the last colonials, and politically I was a child of 1956: of Suez and Hungary, of the collapse of the Communist dream, of the Cold War and of post-war decolonization, and thus of an earlier and very different kind of ‘New Left’. The distinction between one conjoncture and another matters profoundly to me. Essentially, unlike most Afro-Caribbeans of whatever generation now living in the British diaspora, my early formation was within — not ‘post-’ — colonialism.”

Stuart Hall with Bill Schwarz. Familiar Stranger. Penguin Books, 2018, p.45

Cette vie entre deux mondes, entre deux époques et deux continents, Hall la qualifie de « diasporique », pour dire sa nature intrinsèquement en mouvement, prise dans une perpétuelle fuite en avant, qui fait écho à d'autres penseurs du colonialisme et de l'esclavage.

“I was caught between my colonial formation, from which I was in flight, and my anti-colonial sentiments, which I had not yet learned to put into practice. At the time, I found them impossible to reconcile. But I was already and uneasy traveller between conflicting symbolic homes. What became clear was that leaving Jamaica had not resolved the ambivalence I had about belongingness. This is no doubt why I've come to think and write so much, not only about the similarities, the continuities, the many reprises of ‘there’ one finds ‘here’, but also the distances, the differences, the gaps between the two diasporas; and why I characterize my particular being ‘out of place' as the product of a ‘diasporic’ displacement. This is the insider/outsider perspective of Georg Simmel's ‘stranger’, the terrain of Homi Bhabha's ‘in-between’, the controlled doubling of Ashis Nandy's ‘intimate enemies', W.E.B DuBois's ‘double consciousness’ and Edward Said's ‘out of place’.”

Stuart Hall with Bill Schwarz. Familiar Stranger. Penguin Books, 2018, p.171-172

J'aime les belles pages où il raconte son enfance dans la classe moyenne jamaïcaine, la chaleur tropicale — il dit à un moment qu'il n'a jamais vraiment cessé d'avoir froid depuis qu'il a quitté son île en 1951 pour aller étudier à Oxford (et il me rappelle en cela mon père parlant de son départ du Viêt Nam) — la présence scintillante de l'océan à chaque coin de rue, les parfums et couleurs sur les étalages des marchands...

Ça m'a donné envie de goûter cette vie, alors j'ai cherché des recettes de patties jamaïcains (celle sur le Wiki Cookbook est pas mal) en écoutant du Bob Marley...

Penseur majeur du 20e siècle, et pourtant peu connu du grand public en France, Stuart Hall nous offre un regard d'une grande finesse sur son temps, sans aucune binarité simpliste. Bien que formé à Oxford, au cœur de l'élite britannique, fin connaisseur de la littérature et de l'art anglais « classiques », mais aussi de Marx & Engels et du jazz américain, il regarde tout ça depuis sa position diasporique, et embrasse ainsi l'ensemble des phénomènes qui font la culture humaine (élitiste ou populaire, « métropolitaine  ou « périphérique », dominante ou dominée) pour mieux comprendre comment elle se fabrique, comment elle nous fabrique. nuage zéro ☁ écrit à la main en HTML+CSS et rien d'autre ☁ j'aime pas les cookies, je préfère les brownies ☁ CC-BY-NC-SA = vous êtes libres de partager cette page, sauf pour faire du fric, merci