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Michel Blay

Penser ou cliquer ?

Minuscule livre trouvé à la toujours bien achalandée Librairie Tropiques. Le philosophe et historien des sciences Michel Blay y dénonce notre aveuglement et notre fatalisme face à l'autodestruction du monde, qui pour lui vient du détournement de l'idée de nature au 19e siècle.

À l'instar de Descola (qu'il ne cite pas), Blay montre que ce que nous croyons « être » ne va pas de soi, que c'est une construction culturelle et idéologique. Il en va ainsi de la nature que nous avons progressivement rendue extérieures à nous-mêmes en la technicisant. Si la technique a toujours existé, elle consistait jusque là à utiliser les énergies (eau, vent, terre...) sans modifier le milieu : le moulin utilisait la force du vent mais le laissait en même temps inchangé, ce que Blay appelle la « nature-atelier ».

Or, les travaux de Gaspard-Gustave Coriolis (1792-1843) puis de Hermann von Helmholtz (1821-1894) sur la conservation de l'énergie débouchent sur une nouvelle idée de « nature-énergie ».

« C'est bien une rupture avec les techniques anciennes. En devenant des moteurs, l'eau, l'air, les animaux, les hommes, mais aussi les minerais sont comme mis en demeure de livrer leur travail moteur (leur énergie) afin qu'il soit, comme le dit Coriolis, récupéré, tiré, accumulé, mis en réserve et... vendu. »

Michel Blay. Penser ou cliquer ?. CNRS éditions, 2016, p.37

C'est une bonne définition de ce que de plus en plus de chercheuses et chercheurs désignent sous le terme d'extractivisme (terme que n'emploie pas Michel Blay). Le terme désigne d'abord les activités minières, notamment en Amazonie, mais s'étend de plus en plus vers les « ressources immatérielles ». Tout en continuant à mettre à sac la planète, les grandes entreprises internationales se tournent de plus en plus vers nos cerveaux, nos imaginaires, nos existences-mêmes, à travers les techniques numériques, et nous transforment en (res)sources de profits capitalistes. Ce qu'Aral Balkan désigne sous le terme cru mais juste de « fermes à humains ».

Benjamin Rabier, <i>Un bon petit veau</i>, 1936. Source : Gallica BNF
Benjamin Rabier, Un bon petit veau, 1936. Source : Gallica BNF. nuage zéro ☁ écrit à la main en HTML+CSS et rien d'autre ☁ CC-BY-NC-SA = vous êtes libres de partager cette page, sauf pour faire du fric, merci