Lectures d’été

Dans ma valise cet été…

James Salter - Et rien d'autre - ed. de l'Olivier, 2014
James Salter – Et rien d’autre – ed. de l’Olivier, 2014

James Salter, Et rien d’autre
C’est le premier livre de James Salter que je lis… et sans doute le dernier ! Ridiculement machiste, autocomplaisant, prétentieux, bourré de clichés risibles. J’aurais dû le deviner rien qu’à la couverture, mais je ne l’avais pas vue avant de lire le livre, la faute au format epub !
Un gros navet surévalué, et rien d’autre.

Patrick Modiano, L'herbe des nuits, Gallimard 2012
Patrick Modiano, L’herbe des nuits, Gallimard 2012

Patrick Modiano, L’herbe des nuits
Pas un polar, mais presque. Enquête / balade / rêverie dans le sud de Paris, plus précisément autour de Montparnasse (chez moi !). Un homme se souvient d’une femme aimée qui a mystérieusement disparu depuis des années, de leurs promenades à travers la ville, des personnages louches qu’elle fréquentait… Un livre mélancolique, élégant. Tellement évanescent que je ne sais pas trop ce qu’il peut me rester de sa lecture.

Antoine Bello, Ada, Gallimard 2016
Antoine Bello, Ada, Gallimard 2016

Antoine Bello, Ada
Un polar cette fois, dans la Silicon Valley. Un vieil inspecteur bougon et épris de justice se voit confié une enquête suite à la disparition d’Ada, une intelligence artificielle mise au point dans le plus grand secret par une des « licornes » de la fameuse vallée californienne. Pas de la grande écriture, mais un livre plaisant, souvent amusant, prétexte à une petite réflexion sur les menaces potentielles de l’intelligence artificielle.

Athènes vs Paris

« Ce n’est pas difficile de faire des rencontres à Athènes. Il y a une attente dans le regard des gens. Les conversations progressent rapidement. On dit en une heure des choses qu’on ne s’avoue à Paris qu’au bout de dix ans, de vingt ans, d’une vie. Il est normal que tout le monde se connaisse puisque les relations se nouent aussi facilement. J’ai parlé avec beaucoup de gens ces jours derniers. Nous avons échangé nos numéros de téléphone. On m’appelle souvent pour m’inviter à prendre un café, ou pour me demander ce que je compte faire le soir. Il arrive même qu’on frappe à ma porte. Rania m’a apporté une pioche qu’elle venait de voler sur un chantier.
– Tu en auras peut-être besoin si tu veux planter des fleurs dans ton jardin !
Elle est partie en courant, elle avait rendez-vous à l’aéroport avec un musicien américain. Elle chante les week-ends dans une boîte de l’île d’Égine. Je la connais très peu, je l’ai rencontrée dans un bar, nous avons pris un café à la maison. Il ne s’est rien passé entre nous et il ne se passera rien : elle a un mari et un amant.
(…)
Il n’y a pas beaucoup d’horloges dans les endroits publics à Athènes. Je crois que la société parisienne se fait une certaine idée de l’avenir et qu’elle travaille fiévreusement dans l’espoir de la réaliser. Les Athéniens préfèrent s’occuper du présent. Ils s’emploient à le façonner à leur guise. Ils vivent avec entrain, justement parce qu’ils n’attendent pas grand-chose de l’avenir. Le mot « progrès » leur inspire des commentaires mitigés, comme le mot « lendemain ». Il est difficile dans un pays aussi vieux, qui a vu passer tant de siècles, de croire encore à l’avenir. L’histoire grecque n’incite pas à faire des projets. Les gens rêvent donc du présent. »

Vassilis Alexakis, La langue maternelle, Fayard 1995.

Feu calme

Bill Evans, New Jazz Conceptions, Riverside Records, 1956
Bill Evans, New Jazz Conceptions, Riverside Records, 1956

« Dès le départ – le vrai départ : son passage chez Miles Davis, Kind of Blue et Peace Piece dans son deuxième album Riverside -, il parlait de la beauté comme d’une chose qui n’est plus là. Comme d’une chose qui a été perdue et ne revient qu’en rêve, sous une forme spectrale, errant dans le brouillard. Mais cette forme n’est pas sa musique : c’est ce que sa musique a poursuivi sans trêve, à tâtons très souvent, quelquefois à bride abattue. Si bien que la brumisation posthume de Bill Evans, n’en déplaise à ses dévots qui la pratiquent avec ferveur, confine à l’entreprise sacrilège. Pour lui, il s’agissait de se rassembler, de se mettre en boule, de faire le hérisson et, la tête dans le clavier, de regarder en face la brume et ses fantômes. »

Alain Gerber, Bill Evans, Fayard 2001.

Plat du jour

« Je me souviens aussi d’un café-restaurant de province, plus exactement des mots Plat du jour : Petit salé aux lentilles, écrits à la peinture blanche sur la devanture vitrée de l’établissement. Les soleil les projetait par terre, entre les pieds de la table qui se trouvait à côté de la mienne. À un moment, le serveur déplaça cette table, qui était vide, et l’inscription monta dessus, sur la nappe en papier. Pas toute l’inscription, à vrai dire : les quatre dernières lettres du mot lentilles restèrent par terre. Un peu plus tard, un homme vint s’asseoir à cette table. Les mots Plat du jour s’imprimèrent sur le dos de sa veste, qui était beige. C’était une fin de journée. Le soleil déclinait derrière les champs et les arbres. Je vis le plat du jour se projeter sur le mur du fond et grimper petit à petit vers le plafond. Puis on alluma les lumières, et il s’effaça. Je n’avais pas pris le plat du jour, je n’aimais pas beaucoup le petit salé aux lentilles. »

Vassilis Alexakis, Avant, Stock, 2006 (p. 41).