...

Hannah Arendt

La liberté d'être libre

Ce texte est un inédit de Hannah Arendt retrouvé en 2017 à la Bibliothèque du Congrès de Washington. Arendt y conduit une réflexion sur ce qu'est une révolution. Selon elle, la révolution n'est jamais ce qui provoque un changement de système, mais plutôt le résultat d'un effondrement du système en place, et les révolutionnaires ne « conquièrent » pas le pouvoir : ils le ramassent par terre.

« Les révolutions semblent toujours réussir avec une facilité déconcertante à leur stade initial : la raison en est que ceux qui sont censés « faire » les révolutions ne « s'emparent » pas du pouvoir, mais plutôt le ramassent quand il traîne dans la rue. »

Hannah Arendt. La liberté d'être libre. Trad. Françoise Bouillot, Payot, 2019, p.40

Elle fait en outre le distingo entre « libération » et « liberté ». La « libération » est ce qui permet de se libérer les miséreux des dominations, mais elle ne leur permet pas automatiquement d'accéder à la « liberté » qui, pour Harendt, se définit comme la liberté de prendre une part active à la vie politique. On peut ainsi être libéré des ses chaînes, de la pauvreté, mais ne pas avoir le désir de construire la société.

C'est d'ailleurs pour Arendt la différence entre la Révolution française et la Révolution américaine. La première a échoué, car bien qu'elle ait permis la libération des miséreux - ce qui n'était pas rien ! - elle n'a pas réussi à amener les Français jusqu'au désir profond de construire leur liberté politique, d'en porter la responsabilité à la fois individuelle et collective, ce qui les a vite replongés dans la Terreur, puis la Restauration, l'Empire, etc... jusqu'à aujourd'hui ! C'est peut-être pour cela qu'on a parfois l'impression ici de n'être pas vraiment sorti de la monarchie ?

Selon Arendt, la Révolution américaine a en revanche « réussi » et est bien parvenue à insuffler ce désir de liberté. Mais il n'a été accordé qu'aux colonisateurs White Anglo Saxon Protestants, et leur « liberté » s'est construite sur le génocide des peuples natifs et la déportation et l'esclavage des Africains. L'invisibilisation et même le déni de ce coût exorbitant, inhumain (ou au contraire trop humain ? humainement inhumain ?), est un ÉNORME problème, non encore résolu, qui d'ailleurs ne me semble pas cantonné à l'Amérique du Nord : en Europe aussi, d'une façon un peu différente, le colonialisme a été l'un des principaux moteurs de la richesse accumulée au fil des siècles, et il faut savoir regarder ça en face.

D'ailleurs, peut-on vraiment parler de « liberté » des citoyens des États-Unis, même en ne regardant que la composante WASP du pays ? Ce n'est pas ce que dit James Baldwin, par exemple, pour qui l'ensemble du pays est enfermé dans une sorte de « rêve » ou cauchemar (selon de quel côté du spectre des couleurs de peaux on se trouve), une illusion néfaste qui empêche de voir le réel et donc d'être vraiment libre.

nuage zéro ☁ écrit à la main en HTML+CSS et rien d'autre ☁ CC-BY-NC-SA = vous êtes libres de partager cette page, sauf pour faire du fric, merci