Nuit

Edgar Hilsenrath, Nuit, Attila 2012
Edgar Hilsenrath, Nuit, Attila 2012

  “Le Dniestr offrait ce jour-là un spectacle idyllique. Au crépuscule l’eau prenait une couleur plus tendre, une couleur entre chien et loup, mélange de gris, de noir et de brun, étrangement indéfinie. Le fleuve paraissait aussi couler plus lentement, mais ce n’était qu’une illusion. À cette heure du couchant, il donnait l’impression de s’étendre à l’infini, comme s’il venait de nulle part et n’allait nulle part, telle une ombre glissante dans un paysage silencieux et rêveur.
  Deux cadavres flottaient paisiblement sur le fleuve : un homme et une femme. La femme voguait un peu à l’avant de l’homme. On eût dit un jeu amoureux. L’homme essayait sans cesse d’attraper la femme, sans jamais y parvenir. Un peu plus tard, la femme dériva légèrement sur le bord et fit risette à l’homme, qui lui rendit son sourire, puis la rattrapa. Son corps heurta le corps de la femme.
  Les deux cadavres se mirent alors à tourner en cercle ; ils se collèrent un moment l’un à l’autre, comme s’ils voulaient s’unir. Puis, réconciliés, ils reprirent leur dérive.
  Le crépuscule s’épaississait. Le vent rafraîchissait les deux corps, avec la même tendre que l’eau, les berges et les champs de maïs de l’autre côté, sur la rive roumaine.
  Encore un jour absurde qui touche à sa fin.”

Edgar Hilsenrath, Nuit, traduction de Jörg Stickan et Sacha Zilberfarb, Attila 2012.

Lectures d’été

Dans ma valise cet été…

James Salter - Et rien d'autre - ed. de l'Olivier, 2014
James Salter – Et rien d’autre – ed. de l’Olivier, 2014

James Salter, Et rien d’autre
C’est le premier livre de James Salter que je lis… et sans doute le dernier ! Ridiculement machiste, autocomplaisant, prétentieux, bourré de clichés risibles. J’aurais dû le deviner rien qu’à la couverture, mais je ne l’avais pas vue avant de lire le livre, la faute au format epub !
Un gros navet surévalué, et rien d’autre.

Patrick Modiano, L'herbe des nuits, Gallimard 2012
Patrick Modiano, L’herbe des nuits, Gallimard 2012

Patrick Modiano, L’herbe des nuits
Pas un polar, mais presque. Enquête / balade / rêverie dans le sud de Paris, plus précisément autour de Montparnasse (chez moi !). Un homme se souvient d’une femme aimée qui a mystérieusement disparu depuis des années, de leurs promenades à travers la ville, des personnages louches qu’elle fréquentait… Un livre mélancolique, élégant. Tellement évanescent que je ne sais pas trop ce qu’il peut me rester de sa lecture.

Antoine Bello, Ada, Gallimard 2016
Antoine Bello, Ada, Gallimard 2016

Antoine Bello, Ada
Un polar cette fois, dans la Silicon Valley. Un vieil inspecteur bougon et épris de justice se voit confié une enquête suite à la disparition d’Ada, une intelligence artificielle mise au point dans le plus grand secret par une des “licornes” de la fameuse vallée californienne. Pas de la grande écriture, mais un livre plaisant, souvent amusant, prétexte à une petite réflexion sur les menaces potentielles de l’intelligence artificielle.