Et si je suis désespéré, que voulez-vous que j’y fasse ? / Günther Anders

Et si je suis désespéré, que voulez-vous que j'y fasse ?, Günther Anders, Allia 2010

Et si je suis désespéré, que voulez-vous que j’y fasse ?, Günther Anders, Allia 2010

« Dans l’avant dernière année de la Première Guerre Mondiale, ce ne sont pas les intellectuels qui eurent le courage de faire quelque chose contre la guerre mais les travailleurs, quelques milliers de travailleurs allemands des arsenaux. Ils ont refusé de continuer à produire des munitions. Ils se sont mis en grève à l’époque. Pas pour obtenir une augmentation de salaire ou des cartes de pain supplémentaires, mais pour raccourcir la guerre. Qu’il y ait aujourd’hui des travailleurs au coeur de l’industrie de l’armement qui refusent de s’associer à la production des engins de la catastrophe, j’en doute fort. Pas seulement parce que ce à quoi ils travaillent est complètement indifférent à la plupart des ouvriers – et cela vaut tout aussi bien pour les intellectuels les plus éminents : les physiciens et les ingénieurs – ils sont tous ce que j’appelle telosblind1, mais aussi parce que chaque travailleur et scientifique a cette bonne excuse : si c’est pas moi qui l’fait, ce s’ra un autre. (…) Difficile tragoediam non scribere2. »

Günther Anders, Et si je suis désespéré, que voulez-vous que j’y fasse ?, (p.90-91), Allia 2010

1 Mot-valise composé du grec telos, le but, la fin, et de l’anglais blind, aveugle.

2 « Difficile de ne pas écrire une tragédie ». Il s’agit d’un détournement de la formule de Juvénal : Difficile saturam non scribere (Satires, I, 30)

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *