Brexit

Satirical map of Europe, 1914 - source: Library of Congress
Satirical map of Europe, 1914 – source: Library of Congress

L’hystérie autour du “Brexit” me laisse très perplexe.
Il y a beaucoup d’excellentes raisons de vouloir quitter l’Union Européenne telle qu’elle nous est imposée depuis des décennies et qui n’a quasiment rien de l’utopie de solidarité et d’amitié internationale entre les peuples qu’elle aurait dû être.
Il semble hélas que le Royaume Uni ait voté en faveur du Brexit pour de mauvaises raisons (xénophobie, peur, repli nationaliste).
Faut-il pour autant adopter cette posture catastrophiste en une des quotidiens (surtout Le Monde) ? Il y a comme un désir malsain et souterrain des médias de masse que cette catastrophe arrive réellement. Relire à ce sujet le passionnant livre de Christian Salmon “La cérémonie cannibale” qui montre bien comme la fuite en avant dans le spectaculaire est un schéma de plus en plus puissant dans le monde politique et journalistique.
Et pourtant, si les forces positives savaient se coordonner, se mettre ensemble, ce pourrait être le moment de quitter un capitalisme de plus en plus hors de contrôle, et de tout réinventer.

Capitalisme esthétique

Olivier Assouly, Le capitalisme esthétique
Olivier Assouly, Le capitalisme esthétique

“Au sein du capitalisme esthétique, chaque individu devient le sujet de sa jouissance, à lui-même son esclave, selon la même raison qui l’a motivé à se libérer. De surcroît, ce modèle conduit à la primauté de la jouissance sur les rapports de classe. Il se dégage des types classiques de domination où une classe domine l’autre, car il doit moins à la tyrannie d’une classe dominante qu’à soi-même. C’est une mutation majeure que le passage d’une organisation sociale du refoulement à une économie régentée par la jouissance – au point de jouir de ce dont on n’a pas nécessairement le désir. (…) Les liens entre le capitalisme et les individus sont devenus si solidaires qu’on assisterait à une intériorisation du modèle du marché. Il existe un lien ténu entre une économie débridée et une sensibilité qui se croit libérée de toute dette, s’imaginant faire table rase de son passé ou de toute forme d’inhibition. Le processus d’expansion économique a besoin de voir se rompre les inhibitions, les pudeurs, les barrières morales, les interdits, afin de créer des populations de consommateurs plus avides de jouissance.”

Olivier Assouly, Le capitalisme esthétique : essai sur l’industrialisation du goût, Cerf 2008

Georges Perec : Penser / classer

Georges Perec, Penser / classer“Mon problème, avec les classements, c’est qu’ils ne durent pas ; à peine ai-je fini de mettre de l’ordre que cet ordre est déjà caduc.
Comme tout le monde, je suppose, je suis pris parfois de frénésie de rangement ; l’abondance des choses, la quasi-impossibilité de les distribuer selon des critères satisfaisants font que je n’en viens jamais à bout, que je m’arrête à des rangements provisoires et flous, à peine plus efficaces que l’anarchie initiale.
(…) Bref, je me débrouille.”

Georges Perec, Penser / classer, Seuil 2003.