Choisir

Evgeny Morozov, Le mirage numérique, 2015
Evgeny Morozov, Le mirage numérique, 2015

Désormais, nous n’avons plus à choisir entre l’État et le marché, mais entre la politique et la non-politique : entre un système privé d’imagination institutionnelle et politique – et dans lequel les hackers, entrepreneurs et capital-risqueurs sont la réponse par défaut à tout problème social – et un système où l’on recherche encore des solutions réellement politiques (par exemple, qui, des citoyens, des entreprise ou de l’État, doit posséder quoi ? Et selon quelles conditions ?).”

Evgeny Morozov, Le mirage numérique, Les prairies ordinaires, 2015.

Provoquer les demandes

Eugène Morel, 1924
Eugène Morel (au centre) lors de l’inauguration de la bibliothèque de l’Heure Joyeuse, Paris, 12 novembre 1924 / source : fonds patrimonial Heure Joyeuse, blog de la médiathèque Françoise Sagan.

“La librairie publique est là pour tous les renseignements, et elle est pourvue de “bibliothécaires” qui renseignent. Ils ne se contentent pas de renseigner, ils provoquent les demandes. Sur les questions du moment ils publient des listes de livres à lire. Les catalogues ne sont pas seulement au courant des livres reçus : ils sont au courant des affaires publiques de l’heure présente, et se hâtent d’offrir tout ce qui peut les éclairer.

Eugène Morel, La librairie publique, Albin Michel 1910

Toujours ouverte

Eugène Morel, 1924
Eugène Morel (au centre) lors de l’inauguration de la bibliothèque de l’Heure Joyeuse, Paris, 12 novembre 1924 / source : fonds patrimonial Heure Joyeuse, blog de la médiathèque Françoise Sagan.

“Ce n’est pas une cave, mais un débit, « non un réservoir, mais une fontaine», dit Melvil Dewey. Les dépôts de livres peuvent être ailleurs. Avant tout c’est un monument.
Ce monument est beau. Il doit être le plus beau de la ville. Avec la mairie, l’église, la pharmacie et l’école, il constitue la Cité.
Il est toujours ouvert, sauf aux heures où l’on dort. Il est ouvert comme les parcs, comme les cafés, du matin jusque vers dix ou onze heures du soir, et il n’y a pas d’interruption.”

Eugène Morel, La librairie publique, Albin Michel 1910

Le livre est une chose vivante

Eugène Morel, 1924
Eugène Morel (au centre) lors de l’inauguration de la bibliothèque de l’Heure Joyeuse, Paris, 12 novembre 1924 / source : fonds patrimonial Heure Joyeuse, blog de la médiathèque Françoise Sagan.

“Donc le temps est venu (…) de concevoir la lecture comme un service public, municipal, analogue à la voirie, aux hôpitaux, à la lumière — celle du gaz, — à l’hygiène — celle du corps.
Comprenons bien. Il ne s’agit pas ici de conserver des livres, mais d’en lire. Le grand nombre de livres, dont les villes se vantent, ne doit pas nous tromper. Ils sont destinés à périr. Ceux-là seuls survivront qui sont sans intérêt. Le livre ici est une chose vivante, qui va de l’un à l’autre, communique son esprit, s’use, et meurt.

Eugène Morel, La librairie publique, Albin Michel 1910

Fatras

Eugène Morel, 1924
Eugène Morel (au centre) lors de l’inauguration de la bibliothèque de l’Heure Joyeuse, Paris, 12 novembre 1924 / source : fonds patrimonial Heure Joyeuse, blog de la médiathèque Françoise Sagan.

“Ne comptez plus bourrer les cervelles d’élèves de ce fatras que la mémoire vomira sitôt l’examen passé, apprenez-leur à se servir des livres, à chercher par eux-mêmes, à recourir aux livres dès qu’ils ignorent. C’est la méthode de recherche personnelle substituée au manuel, au recueil de morceaux choisis, à tout ce qui s’apprend par coeur.”

Eugène Morel, La librairie publique, Albin Michel 1910

Le livre qu’il faut quand il faut

Eugène Morel, 1924
Eugène Morel (au centre) lors de l’inauguration de la bibliothèque de l’Heure Joyeuse, Paris, 12 novembre 1924 / source : fonds patrimonial Heure Joyeuse, blog de la médiathèque Françoise Sagan.

“Le temps n’est plus où l’on attendait de l’instruction qu’elle façonne un cerveau en une sorte d’encyclopédie du savoir humain, une réduction de toutes sciences, que l’homme porterait dans son crâne.
L’enseignement encyclopédique, le forçage pour examens, ont pu aboutir à des succès de concours. Ils n’ont pas abouti à former un esprit. C’est le danger qui guette les civilisations ayant un long passé, de mesurer l’homme à ce qu’il sait et non à ce qu’il peut faire, et de s’encombrer de savants aussi vains que ces magnifiques bibliothèques de France, qui possèdent tant de livres qu’elles ne peuvent jamais donner celui qu’il faut quand il faut.

Eugène Morel, La librairie publique, Albin Michel 1910

Hygiène de l’esprit

Eugène Morel, 1924
Eugène Morel (au centre) lors de l’inauguration de la bibliothèque de l’Heure Joyeuse, Paris, 12 novembre 1924 / source : fonds patrimonial Heure Joyeuse, blog de la médiathèque Françoise Sagan.

“Concevoir la lecture comme un système d’éducation, l’instruction par soi-même, la libre recherche, la découverte et non la simple acquisition du savoir, – la concevoir ainsi dès l’école, même primaire, et dans la secondaire et dans la supérieure…
La concevoir ainsi pour soi, toute la vie, non pas sous forme de cours complémentaire, post-scolaire, mais comme une nécessité constante, un régime normal, hygiène de son esprit et tenue au courant de ses affaires…
Telles sont les idées directrices d’une institution neuve et d’esprit et de forme, qui n’a pas plus de rapport avec ce que nous nommons bibliothèques et notamment bibliothèques populaires, qu’avec le commerce de librairie et les conservatoires d’arts et métiers.”

Eugène Morel, La librairie publique, Albin Michel, 1910.